vendredi , 26 mai 2017
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Pr Amadou Youssouf BAH, vice-recteur chargé de la recherche à L’UGANC

youssoufA l’occasion du 2ème numéro de votre trimestriel d’informations générales, nous avons rencontré pour vous le Vice-recteur chargé de la recherche de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry afin de prendre langue avec lui. Le métronome de toutes les questions liées à la recherche scientifique de l’institution, Pr Amadou Youssouf Bah nous a parlé de sa mission et l’état des lieux de la recherche au sein du campus. En exclusivité ! 

Présentez-vous à vos lecteurs

Je suis Pr Amadou Youssouf BAH, Vice Recteur chargé dela Recherche de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Mon parcours professionnel est atypique. Après avoir obtenu le grade d’Ingénieur chimiste, j’ai été mis à la disposition de l’Education pour servir en tant qu’enseignant.

En tant que stagiaire, j’ai dispensé des cours au lycée de Bonfi de 1974 à 1975 ; puis au lycée 2 Août de Donka et celui de Coléah. Après la soutenance de mon mémoire, j’ai servi de 1977 à 1980,  en tant que professeur de Chimie générale et minérale àla FASSONATà Donka (Faculté des Sciences dela Nature).

En 1979, j’ai bénéficié d’une bourse d’études post-universitaires en URSS.

J’ai préparé ma thèse de doctorat (PhD) dansla Chairede Chimie Organique à l’Université d’Etat de Moscou où j’ai soutenu en décembre 1984.

De retour, j’ai servi en tant qu’enseignant chercheur àla Facultédes Sciences de Gamal où j’ai dispensé différents cours et lancé le cours de stéréochimie qui était en souffrance depuis son introduction dans le cursus.

En 1995, j’ai bénéficié  de nouveau d’une bourse ATLAS à l’Université de Georgie (USA) pour préparer un diplôme de ‘’Master of  Sciences’’  dans le cadre de l’Education. De retour au pays en 1998, j’ai continué au Département de Chimie à enseigner et à mener des travaux de recherche et d’encadrement des étudiants

En 2001, j’ai été désigné responsable du Groupe de formation Doctorale en Chimie moléculaire. A ce titre, mes collègues et moi avons mis en place un DEA qui a été transformé par la suite en Master de chimie moléculaire, nous assurons ainsi la formation des formateurs et participons à la publication des résultats des travaux de recherche.

Parallèlement à ces activités d’enseignement et de recherche, j’ai suivi des cours de pédagogie universitaire dans le cadre du PADES avec le soutien de l’UQAM. J’assure la formation des formateurs en pédagogie universitaire de l’Université. J’ai participé à plusieurs séminaires et ateliers nationaux et sous-régionaux touchant le secteur de la recherche et de la formation au supérieur.

Depuis 2008, je suis professeur titulaire de chimie à la Faculté des sciences.

Par Décret 258/2011 du PRG, je suis nommé Vice Recteur chargé de la Recherche à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Quelle est la situation actuelle de la recherche à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry ?

Il existe un réel déséquilibre centre activités d’enseignement et de recherche à Gamal. Ceci est aussi le constat des universités de la sous région (conférence de

Dakar en 2009). L’analyse de la situation de la recherche à l’UGANC fait ressortir  entre autres :

  • l’absence de politique de financement de la recherche ;
  • l’insuffisance et/ou manque d’infrastructures et d’équipements ;
  • le cloisonnement des structures de recherche et équipes de recherche ;
  • le faible accès à l’information scientifique ;
  • insuffisance de laboratoires de recherche, etc.

Eu égard à tout cela, en 2010 l’Administration de l’Université a mis en place le Fonds Universitaire de Recherche (FUR) qui prélève à hauteur de 10% sur toutes les activités génératrices de revenus de l’Institution. Eu égard à ces nombreuses activités prioritaires, les fonds engagés restent en deçà des besoins. C’est pour cela, notre pays devrait trouver un moyen de sécuriser un fonds pour  lequel les chercheurs, sur une base compétitive soumettraient des projets de recherche. Ceci peut être un levain pour ceux qui veulent travailler ; car il faut offrir aux chercheurs porteurs de projets d’excellence des moyens et équipements et en même temps soutenir les jeunes prometteurs pour leur épanouissement scientifique. Dans le passé, avecla PADES,la Guinéeavec l’aide dela BanqueMondialea mis en place le FRI ; avec ces fonds beaucoup de chercheurs ont pu mener à terme des projets de recherche à partir desquels ils ont publié et rendu des services à la communauté. Si l’on veut que les enseignants soient performants, il faudra absolument sécuriser des fonds auxquels ils ont accès sur une base compétitive.

L’Université sur la base d’un appel à candidature, sur ses fonds propres, a financé quelques projets qui ont été menés à terme, d’autres sont en cours. Durant la semaine scientifique 2012 qui s’est tenue du 5 au 12 mai, l’in a enregistré 15 conférences, une soixantaine de communications orales et quelques posters. C’est   le lieu de remercier GUICO-PRESS et EDG qui nous ont apporté un soutien financier, moral et matériel.

Nous nous proposons d’organiser dans la première décade de juin 2013, une autre semaine scientifique durant laquelle les enseignants et chercheurs auront l’occasion de présenter les résultats de leur recherche.

Durant le mois de mai 2013 se tiendront les 3èmes journées médicales Guinée-Rhône Alpes qui sont réservées principalement aux chercheurs dela Facultéde Médecine, Pharmacie et Odontostomatologie.

Par ailleurs, nos enseignants pourront participer aux 15èmes journées dela Société Ouest Africaine de Chimie (SOACHIM) à Ouagadougou.

Quel est votre point de vue sur le système LMD ?

Le LMD est un système qui s’est imposé de par le monde à cause de la clarté du parcours offert. Il exige cependant beaucoup d’efforts de la part des enseignants qui étaient habitués à un autre paradigme. Le système LMD demande des moyens matériels et financiers qui ne sont pas toujours disponibles. Le faible ancrage de l’Université au tissu industriel ne facilite pas la donne. Il faudra donc rechercher une synergie entre tous les partenaires pour que le système soit fiable. Les industriels peuvent faciliter les stages des étudiants, soutenir matériellement et financièrement les instituions de formation. Les cadres devraient s’impliquer dans la confection des curricula et participer à la formation.

Après 5 ans de pratique, le LMD a été évalué pour les programmes en cours àla Facultédes Sciences et à l’Institut Polytechnique de l’UGANC.

Les forces et faiblesses ont été relevées pour chacun.

Les comités de programme devraient donc profiter des résultats de cet audit interne pour pouvoir améliorer la formation au niveau de chaque structure car pour cela, il  y a toute une procédure à suivre. Les comités de programme sont les initiateurs de tout changement ou de toute modification des programmes de formation.

C’est par eux donc qu’on pourrait mettre en place les recommandations des évaluations déjà effectuées ou en cours. Car il ne s’agit pas de constater, mais agir pour améliorer ou corriger les insuffisances du système.

Le fait qu’en Guinée tous les cours soient crédités sans discrimination pose problème. Il aurait fallu, à mon avis, que certains cours soient de 6 crédits, d’autres de 5 crédits et de 3 crédits. Tout  en maintenant le nombre le nombre total de crédits à 180, ceci aurait permis d’approfondir les cours fondamentaux du programme considéré. On pourrait ainsi passer de 30 cours, actuellement à 36 cours. Le nombre de cours n’étant pas fondamental, cependant en augmentant leur nombre, des contenus nouveaux pourraient être introduits pour combler les lacunes déjà constatées.

Les contenus des enseignements se trouvent parfois alléger. Ceci oblige l’étudiant inscrit au Master à beaucoup d’efforts pour combler les lacunes. Le système LMD est décrié dans certains pays car les cursus ne mènent pas à l’élaboration d’un mémoire à laquelle beaucoup d’enseignants s’étaient habitués. Néanmoins, je crois que le recul n’est plus envisageable à cause de ce monde devenu planétaire où l’isolement ne mènera  nulle part. Il faut saisir l’opportunité, offerte par le système pour permettre à nos étudiants une mobilité réussie. J’estime que pour harmoniser les différents points de vue qui existent sur le système éducatif guinéen, il faut préparer minutieusement les Etats Généraux de l’éducation et surtout assurer le suivi à tous les niveaux des décisions et recommandations qui en seront issues.