jeudi , 27 avril 2017
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Interview du directeur Général du CERE, pr Sékou Moussa KEITA «j’interpelle la jeunesse à redoubler d’ardeur, en s’appuyant sur les sagesses, afin d’être au chevet de notre environnement de jour en jour menacé.»

Votre magazine Gamal Infos, a rencontré pour vous l’un des responsables de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry ; il s’agit le Directeur Général du Centre d’études et de recherche en environnement (CERE), Pr Sékou Moussa KEITA pour parler de son service. Avec lui, nous avons levé un coin du voile de cet important service qui fait depuis sa création la fierté de l’université et par ricochet celle de la Guinée. En exclusivité !

ceredgGamal Infos : Présentez-vous à nos lecteurs

Pr Sékou Moussa KEITA : Je suis Pr Sékou Moussa KEITA licencié en sciences biologiques (botanique) de l’Université Julius Nyéréré de Kankan, détenteur d’un Master en sciences biologiques de l’Université d’Ottawa (Canada) et d’un Ph.D. en Sciences de l’Environnement de l’Université du Québec à Montréal (Canada). Je suis actuellement le Directeur Général du Centre d’Etudes et de Recherche en Environnement (CERE).

Monsieur le Professeur, parlez-nous de votre parcours professionnel.

J’ai été homologué à l’Université Julius Nyéréré de Kankan pour dispenser d’abord le cours de Zoologie 2, en suite de Botanique et de Physiologie végétale. J’y fus affecté après soutenance et peu après, sur ma demande et selon la pertinence de la question je fus affecté à la Station Autonome de Sérédou (Macenta) en guise de préparation de la relève de l’éminent botaniste El-Hadj Mohamed Fora CAMARA alors proche de la retraite.

Successivement j’ai occupé les postes de Chef du laboratoire de botanique tenant lieu d’herbier national, de chef de division de plantes médicinales à la fermeture de l’usine de quinine et à la création du Centre de Recherche sur les Plantes Médicinales et Cultures Industrielles de Sérédou. Vu les circonstances liées à ce nouveau service et la mission de formation Post-Universitaire du Directeur Général, j’ai été nommé cumulativement Directeur des Affaires Administratives et Financières (Décision N° 3401/MESRS/PL/83) ensuite Directeur Général par intérim (Arrêté N° 3194/MEN/SEESRS/87). C’est dans ces fonctions et après avoir débloqué le premier budget de fonctionnement de ce jeune Centre que j’ai demandé mon départ pour l’Institut Central de Coordination de la Recherche et de la Documentation de Guinée (ICCRDG) pour un petit instant et affecté à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry au Département de biologie chargé des cours de systématique végétale et d’ethnobotanique.

Après ma formation au Master en Sciences biologiques de l’Université d’Ottawa (Canada) en 1992, je suis revenu servir au Département de Biologie comme de par le passé. Admis au concours de recrutement au Centre d’Etude et de Recherche en Environnement (CERE), j’ai bénéficié de l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI) une bourse de Ph.D. qui m’a permis d’obtenir le diplôme de Doctorat en sciences de l’Environnement de l’Université du Québec à Montréal en 2000.

A travers ces formations, je me suis davantage spécialisé en relations plantes-insectes et j’ai réussi à mettre au point un insecticide d’origine botanique (sur la base d’huile essentielle d‘espèces locales). J’ai, depuis 2001, réalisé plusieurs Etudes d’impact environnemental et social des grands projets en Guinée, surtout des industries minières extractives. Je fus Directeur Adjoint chargé des Etudes de 2002 à 2011, puis Directeur Général Adjoint de 2011 à Février 2013 et enfin Directeur Général du CERE depuis le 17 février 2013. Je suis le titulaire des cours de Méthodologie de l’Intervention et de Biodiversité et Gestion Durable des Ressources Naturelles.

Directeur de plusieurs mémoires de Master, j’ai aussi réalisé plusieurs travaux d’inventaire de diverses aires protégées. Comme prestations récentes, j’ai exécuté au compte du Programme d’Appui aux Communautés Villageoises (PACV) sur financement de la Banque Mondiale, deux études majeures dont : i) Étude de la dynamique des feux de brousse pour la préparation d’un plan de gestion concerté des feux et ii) Préparation de modules de formation consacrés à la biodiversité destinés aux utilisateurs des ressources biologiques.

Mon expérience de travail est principalement focalisée sur les régions des grands barrages hydro-électriques (OMVS, OMVG, SEMAFO), des grandes industries minières (RUSAL, RIO TINTO-ALCAN, RUSAL, ALUFER etc.). Je consacre actuellement beaucoup de temps à la formation d’une équipe de relève constituée de jeunes gens motivés pour les sciences biologiques surtout végétales. Je suis entrain de mettre en place une équipe de recherche pluridisciplinaire pour la production et la valorisation agricole des huiles essentielles en termes de protection des denrées stockées et lutte contre les moustiques vecteurs du paludisme.

Je donne des cours au CERE aussi à l’Institut Polytechnique de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (Génie Energétique et des Procédés), au Centre Universitaire de N’Zérékoré, au Centre Universitaire de Kindia et au Centre d’Education Environnementale et au Développement de Kinkon-Pita. Je donne des conférences et ateliers dans plusieurs Institutions d’Enseignement Supérieur et Institutions de Recherche Scientifique de Guinée.

Je suis membre du Conseil Scientifique du Centre National des Sciences Halieutiques (CNSHB) de Boussoura et du Centre de Recherche de Conakry Rogbané (CERESCOR). Je suis, par ailleurs, membre du Comité de pilotage du Programme Régional Côtier et Maritime (PRCM) représentant le collège Recherche.

Présentez-nous le CERE.

Le Centre d’Étude et de Recherche en Environnement (CÉRE) a été créé le 14 mai 1993 par Arrêté Ministériel No93/2482/PRG/SGG/93 et placé sous la tutelle du Recteur de l’Université de Conakry. Il est un centre de recherche universitaire et jouit de l’autonomie financière et de gestion suivant les articles 1 et 9 de l’Arrêté ministériel No0244/MESRS/CAB du 30 novembre 2001.

La création du CÉRE résulte de la volonté conjointe des gouvernements de la Guinée et du Canada de coopérer en vue de favoriser le développement environnemental harmonieux et durable de la République de Guinée. Cela est arrivé au moment où les questions d’environnement n’étaient pas encore bien perçues, par conséquent pas de réponses concrètes aux problèmes posés.

QUELLE EST LA RAISON D’ÊTRE DU CÉRE?

La création du CERE a été dédiée à la résolution des problèmes environnementaux à travers la formation des cadres et le développement de la recherche scientifique.

  1. Sa vision est d’être reconnu comme un pôle d’excellence en environnement contribuant à la maîtrise des enjeux environnementaux affectant la qualité de vie des populations et la gestion des ressources renouvelables.
  1. Sa mission est :«Le CÉRE est une institution à stature doctorale en sciences de l’environnement vouée au développement durable de la Guinée et de la sous-région. Par la qualité de ses enseignements, programmes de recherche et prestations de services, il intervient comme un acteur majeur, un centre de référence en évaluation environnementale caractérisé par la compétence de ses ressources humaines, son travail d’équipe et ses réseaux».

–       Ses métiers primaires sont :Enseignement ; recherche et encadrement.

–       Ses métiers secondaires sont : études environnementales ; analyses de laboratoire ; services conseils en environnement ; expertises en géomatique ; formation à la carte et valorisation des activités de recherche.

–       Ses principaux enjeux : l’enjeu central est d’assurer la pérennisation du CÉRE ; l’enjeu subsidiaire est l’identification de sources de financement multiples et récurrentes, permettant au CÉRE de se doter d’une autosuffisance financière garante de son  autonomie.

–       Ses grands défis sont : développement, consolidation et conservation des compétences distinctives requises (attitudes, comportements, connaissances, etc.) pour assurer une présence accrue sur le marché ;

–       renouvellement et mise à niveau continue des équipements de laboratoire ;

–       identification des principaux segments stratégiques de marché et mise en œuvre d’un plan de marketing permettant une pénétration optimale de ces marchés des prestations de services ;

–       développement des systèmes d’assurance qualité et mise en œuvre de la gestion de la qualité ;

–       identification et sécurisation de mécanismes de financement récurrents à hauteur des besoins du CÉRE et lui permettant d’assurer sa croissance.

PR KÉITA, COMMENT FONCTIONNE CE CENTRE?

Le Centre d’études et de recherche en environnement comprend : nous avons les structures organiques qui comprennent trois grands départements, trois (3) laboratoires et deux services d’appui regroupant l’ensemble des ressources humaines et matérielles du centre. Nous pouvons citer, le département des Milieux Récepteurs ; le département des Evaluations Environnementales et le département de Biodiversité et Aménagement.

Il y a aussi cinq sections à savoir la chimie organique ; la chimie inorganique ; la microbiologie ; la géomatique et le suivi des enseignements. A leur côté, deux structures d’appui : une bibliothèque et salle d’informatique (avec le serveur central).

L’équipe de travail comprend 26 travailleurs dont 19 enseignants permanents (5 femmes) et 7 agents d’appui. Le CERE compte deux Professeurs ; deux  Maîtres de conférences ; huit Maîtres assistants ; sept  Assistants et huit Personnel administratif et de soutien.

Egalement un conseil de direction (CD) comprenant le Directeur Général, le Directeur Général  Adjoint, les chefs de département et le SAF et un Conseil Académique et Scientifique (CAS) regroupant tous les enseignants-chercheurs du CÉRE, appuient la Direction Générale du centre.

Ce service comprend aussi de structures de décision et de consultation. La direction  générale est composée d’un Directeur Général et d’un Directeur Général Adjoint.

Le Comité de Direction (CD) est une instance de définition  et d’orientation stratégique du CÉRE. Le Comité se réunit une fois par semestre ou au besoin.

Egalement il compte un Conseil Académique et Scientifique (CAS). Celui-ci est une instance de concertation du Centre. Il se réuni sur convocation du Directeur Général ou sur proposition d’un membre du Conseil de Direction.

Comptez-vous des publications scientifiques ?

Huit numéros du Bulletin semestriel de l’Environnement avec comité de lecture propre au CERE sont publiés. Les enseignants-chercheurs du CERE publient dans d’autres revues à comité de lecture tant en Guinée, en Afrique que dans le monde. Les articles d’auteurs externes sont acceptés à condition d’être dans les normes de publication.

EST-CE QUE LE CERE COOPÈRE AVEC D’AUTRES INSTITUTIONS?

Le rayonnement et la pérennisation du CÉRE dépendent, entre autres, de la capacité du Centre et de ses chercheurs d’organiser et d’animer des réseaux diversifiés de collaboration avec les chercheurs et les institutions œuvrant dans le domaine de l’environnement tant au niveau national et sous-régional qu’international.

Au plan national, la collaboration existe entre le CÉRE et les Universités de Conakry, de Sonfonia, de Kankan, l’IRAG, le CERESCOR, les Instituts de Faranah, Dalaba et de Mamou, le CEED de Kinkon, les Centres Universitaires de Kindia et de N’Zérékoré, le Centre National des Sciences Halieutiques de Boussoura (CNSHB), l’Agence Intergouvernementale Panafricaine Eau et Assainissement pour l’Afrique (EAA), etc.

Notons également la collaboration CÉRE-CEAEQ ; CÉRE-UNESCO, et les accords cadres signés : CERE-ISE de Dakar et CERE-2iE de Ouagadougou.

Quelles sont vos prestations de service ?

Le CERE est reconnu comme un centre qui a pour 3èmemission, les prestations de service. Ce volet a longtemps permis au CERE d’offrir un cadre de travail idéal pour les étudiants. Malheureusement, l’année 2013 a enregistré une rupture brutale de cette activité à cause du départ de certains partenaires. Le ralentissement des prestations porte ainsi un coup dur au fonctionnement, notamment l’approvisionnement du groupe électrogène en carburant et la maintenance des installations électriques, d’adduction d’eau et des sanitaires. Malgré tout, quelques industries côtoient encore le CERE pour des analyses d’échantillons d’eau ou de sol. Bien que ces analyses concernent des  petits échantillons, le CERE cherche et s’efforce à retenir les clients potentiels dans l’espoir que l’année 2014 prendra un élan favorable aux investisseurs.

Quels sont les collaborateurs du CERE ?

Les services qui collaborent avec le CERE sont aussi à plusieurs niveaux. Au niveau national, les institutions d’Enseignement Supérieur et de Recherche scientifique (IRS et IES), Total Guinée, Ciment de Guinée, l’Institut Guinéen de Normalisation et de Métrologie (IGNM), Le CNSHB, l’IRAG etc.,

ii) au niveau sous-régional nous avons des accords cadre de coopération avec l’ISE de Dakar, 2iE de Ouagadougou, le Centre AGRHYMET du Niger et iii) au niveau international avec l’Université du Québec à Montréal, l’IRD et l’Université de Kyoto (en démarrage).

Tout service connait des hauts et des bas. Parlez-nous des difficultés que rencontre le CERE dans la mise en œuvre de ses programmes.

Elles se concentrent sur la mobilité des enseignants pour la mise en œuvre du programme de Doctorat, l’accréditation du laboratoire de chimie qui demande des réactifs, correction dans les infrastructures et l’acquisition de quelques matériels complémentaires de laboratoire. Par ailleurs, la relance du laboratoire de géomatique est une préoccupation majeure. Pour cela il faut un renforcement en capacité du personnel.

Le CERE dispose de nos jours plusieurs programmes de formation postuniversitaires. Parlez-nous de ces programmes.

La formation au Programme de Master est au beau fixe et c’est ce mardi 07 janvier 2013 que la 13ème promotion de 20 étudiants a été accueillie solennellement. Les soutenances se font graduellement autant l’encadrement des étudiants se fait inlassablement.

Quant au Programme de Doctorat, tout est question de jours car son démarrage dépend de la possibilité d’assurer la mobilité des professeurs et des étudiants. Nous sommes entrain de peaufiner les  dernières mesures.

Quelles sont les modalités d’étude au CERE ?

Pour étudier au CERE il suffit de déposer un dossier complet d’appel à candidature (publié quelques mois à l’avance), être admis aux tests (écrit et oral). Il n’y a aucune discrimination d’âge ni de sexe (cependant la candidature féminine est vivement souhaitée).

Une formation postuniversitaire exige des professeurs de rang magistral. Est-ce le cas chez vous ?

Le diplôme (Master au minimum avec une grande expérience) est exigé et surtout le rang magistral est le plus recherché Professeur et Maître de Conférence. Nous explorons ainsi le potentiel national et sous-régional pour continuer à assurer l’excellence de la formation que nous offrons.

Quelles sont vos perspectives ?

Elles sont autant nombreuses que nos ambitions sont grandes pour le CERE. Les grands défis de l’année 2014 sont tel que soulignés plus haut. Nous avons l’accréditation du laboratoire de chimie ; le lancement du programme de doctorat et la relance du laboratoire de géomatique.

Professeur Kéita, vos derniers mots

Je commence par remercier, et cela de façon sincère, le Prof. Ibrahima BOIRO (Premier Directeur Général et fondateur du CERE) Ministre de l’Environnement, Eaux et Forêts) et Monsieur Bailo Télivel DIALLO (Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique) pour avoir placé en moi leur confiance en me nommant à ce poste.

Je me dois aussi de remercier le Rectorat de l’UGANC pour l’excellence de notre collaboration et enfin grand merci et encouragement à mes chers collaborateurs pour l’ardeur et la franchise dans le travail.

«J’interpelle la jeunesse à redoubler d’ardeur, en s’appuyant sur les sagesses, afin d’être au chevet de notre environnement de jour en jour menacé.». On est mieux quand son environnement est serein. C’est pourquoi j’interpelle tous les citoyens à une attitude responsable dans la gestion des problèmes environnementaux, car chacun peut un peu.