dimanche , 23 juillet 2017
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Interview de Dr Abdoul Gadiry Savané, Directeur Général du Centre Informatique «Le Centre Informatique doit assurer le développement d’actions de coopération et de recherche au niveau national et international… »

Dans ce 5ème numéro, la rédaction de votre magazine a rencontré pour vous Dr Abdoul Gadiry Savané, Directeur Général du Centre Informatique, le tout premier du genre au sein d’un établissement enseignement supérieur en Guinée. Avec lui, nous avons fait le tour d’horizon de la problématique des NTIC ainsi que tout ce qui se fait et peut se faire dans son centre y compris les défis de développement à travers le changement des pratiques et de mentalité pour être au diapason des réalités du 21ème siècle. En exclusivité !

100_7734Gamal Infos : Présentez vous à nos lecteurs 

Dr Abdoul Gadiry Savané: Je suis Dr Abdoul Gadiry Savané, PhD, Maitre de conférences, Directeur Général du Centre Informatique depuis décembre 2008.

Pouvez-vous présenter votre parcours professionnel ?

Je suis né en 1950 à Diaouléko, dans la préfecture de Tougué. Je suis marié et père de 5 beaux enfants.

J’ai fait mes études primaires et secondaires à TOUGUE, le Lycée technique de DONKA et l’Institut Polytechnique de Conakry, option Physique. Je suis détenteur d’un PhD de Physique – option Cellules photovoltaïques – depuis 1984. J’ai commencé l’informatique pendant mes études doctorales avec le COBOL, le FORTRAN et autre langage BASIC. J’ai été muté à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry en 1985. J’ai travaillé au Ministère du Plan en tant que Consultant entre 1991 et 1994 avec les enquêtes « EDS92 » (Enquête Demo-sanitaire 1992) et le « REMUAO » (Réseau des Migrations Urbaines en Afrique de l’Ouest) qui couvrait 8 pays dont le Nigéria. J’ai été également consultant pour le Ministère de la Santé en 1992 sur la sexualité des adolescents et 2012 sur l’élaboration d’une base de données pour la gestion des ressources humaines.

En 1995 j’ai été muté au Centre Informatique de l’UGANC où j’ai dispensé les cours de UNIX/Linux, Réseaux (Concepts & Administration), langage C et C++, SQl, HTML/XHTML, ProC(du langage avec le SQL) et maintenance Informatique. J’ai été chef de Département des NTIC, Directeur Adjoint Recherche et depuis Décembre 2008, Directeur Général du service.

Présentez le Centre Informatique ?

Le Centre Informatique de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry est la première structure de formation en informatique en République de Guinée. De ce fait, comme aime dire l’autre, « L’expérience fait la différence ».100_7735

En effet, ce Centre Informatique est une structure de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC) qui a rang de faculté. Elle a été créée en 1989 avec l’appui de la coopération Française à travers l’université de Nantes pour résoudre le déficit de cadres compétents en informatique.

 

Le Centre Informatique, depuis sa création, a mis sur le marché de l’emploi plus de 20 promotions d’informaticiens dans différents domaines (Développement d’applications, réseaux ;

Quels sont ses objectifs ?

Les objectifs sont nombreux et variés dont les principaux sont, entre autres, former des spécialistes en informatique pour les besoins du marché de l’emploi ; promouvoir l’adéquation formation emploi dans le domaine des TIC ; créer et/ou renforcer le partenariat Université-Entreprise ; participer à la formation des cadres en cours d’emploi dans les administrations publiques ou privées.

Quels sont les types de formation offerts pat le Centre Informatique ?

Il existe au Centre Informatique deux types principaux de formation à savoir offrir une formation de base et une formation professionnelle ou professionnalisante.

Si nous prenons la formation de base, le Centre Informatique à l’image des autres structures universitaires a basculé dans le système LMD (Licence, Master, Doctorat) avec pour ligne directrice la formation de cadres maîtrisant les concepts fondamentaux de l’informatique : Programmation, Génie logiciel, Bases de données, Réseaux, etc,…

 

S’agissant de la formation professionnelle, celle-ci est destinée aux professionnelles des entreprises et de l’administration. Elle est surtout initiée pour les jeunes à la recherche du premier emploi avec des modules de formation spécifiques à la demande (Windows, Linux, AIX, AS 400, etc, …)

 

Tout Centre de ce genre peut offrir des prestations de services. Est-ce qu’il y a des prestations de service au Centre Informatique ?

Il existe bel et bien des prestations de services avec l’expertise d’un personnel compétent, le Centre Informatique réalise des prestations sur-mesure en Assistance Technique pour les Directions des Systèmes d’Information et les Maîtrise d’Ouvrage de ses Clients PME/PMI. Il élabore des contrats de maintenance informatique avec des entreprises de la place, de développement de bases de données, d’installation et administration réseau, de conception et d’administration de site Web (Intranet, Internet).

Aussi, le Centre Informatique a pour missions en plus de celles assignées à l’Université de Conakry: assurer la formation des cadres et techniciens capables de s’insérer rapidement dans un service informatique, de maîtriser les applications informatiques et Bureautiques courantes et d’entreprendre des études de très haut niveau dans le domaine de l’informatique; permettre par des prestations de service, à des utilisateurs divers des secteurs publics et privés guinéens de mettre à profit ses ressources éducatives et informatiques; assurer la formation continue sur la base des demandes des services publics et privés. En plus, il faut ajouter la dynamisation de la recherche et le développement en informatique.

 

Au-delà du cadre de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, le Centre Informatique doit assurer le développement d’actions de coopération et de recherche au niveau national et international, la formation de formateurs en informatique, et l’organisation d’actions de formation continue ; conforter sa position de leader national pour les formations en technologies de l’information. Egalement, le centre doit jouer un rôle d’expertise, de veille technologique, de réflexion, de support et de conseil pour l’Université, pour le secteur public, et pour les opérateurs économiques en général et de la région en particulier.

Qui sont les partenariats du Centre Informatique ?

Depuis sa création en 1989, le Centre Informatique a collaboré étroitement avec l’Université de Nantes et des institutions de la place : Banque Centrale, BICIGUI, CBG.., mais depuis plus de dix ans aucun partenariat avec aucune entreprise/institution.

Quelles sont les difficultés rencontrées depuis sa création ?

Le Centre Informatique rencontre d’énormes difficultés notamment dans la gestion des effectifs. En effet, depuis que le Centre Informatique a basculé dans le système LMD, les effectifs sont pléthoriques : de 20 étudiants par classe, on est passé à 40 voire même 60 et l’accompagnement de l’état en matériel /infrastructure n’a pas suivi les effectifs.

En outre, le système de recrutement est incompatible avec le LMD : les bacheliers sont orientés d’office et souvent pas selon des critères de qualité. Il y a aussi le fait que les inscriptions se font une fois l’an, alors que le LMD recommande une gestion semestrielle..

Le manque de courant électrique est également un handicap majeur et il est inconcevable de former un informaticien sans l’ordinateur donc le courant électrique. Près de 70% des ressources allouées au Centre Informatique vont pour le carburant/entretien du Groupe électrogène.

Il y également une difficulté énorme liée d’une part à la gestion des effectifs et, d’autre part, à la conjoncture socio-économique : c’est le problème de stages des diplômés.

Il faut aussi et surtout signaler le manque de connexion internet qui réduit fortement les possibilités de recherche documentaire des étudiants

La plateforme « SOLEIL » qui signifie Solution pour une Organisation et des Liens d’Echange de l’Information dans L’intranet.

Soleil est donc un intranet pour la gestion, entre autres, des études et étudiants (inscription/réinscription, notes,), des enseignants et enseignements et des documents administratifs l’UGANC comme espace d’affichage selon un profil.

Les objectifs fixés dans sa mise en œuvre consistent à gérer de façon transparente les recettes des formations : inscription/réinscription, frais de scolarité, frais de recyclage, etc… ; de permettre l’échange de « Tous Types » de documents au sein de l’administration universitaire ; de générer les états: effectifs par promotion, profil, type de formation (initiale/payante, …) ; de permettre au personnel impliqué dans la chaîne de gestion  d’avoir des données à temps réel à partir de leur poste de travail ; d’assurer au mieux la Communication et la transparence ; d’améliorer le développement des technologies de l’information et de la communication dans le système éducatif et enfin, d’améliorer la visibilité de l’UGANC.

Néanmoins, il est important de signaler que chaque ressource doit être associée à un groupe d’utilisateurs habilités d’une part et à un profil d’intérêt d’autre part. Tout utilisateur doit être identifié et authentifié dans un seul référentiel pour l’accès aux ressources. Des mécanismes de mises en avant (profiling) et d’alertes doivent être mises en place pour pousser l’information pertinente vers l’utilisateur et rendre ainsi plus efficace l’utilisation des ressources.

Il sera aussi possible par la suite d’intégrer certains volets  tels :

  1. La gestion des salles (Emploi de temps)
  2. La gestion des évaluations
  3. La gestion des ressources humaines et matérielles
  4. la gestion des carrières professionnelles des enseignants

Il faut noter à ce niveau que dans cet intranet, il n’est pas nécessaire d’avoir une connexion internet. La plateforme a atteint ses objectifs quant à l’inscription/réinscription et autre gestion des frais de scolarité.

Un problème subsiste cependant, celui-ci est lié à son utilisation par aussi bien les enseignants que les étudiants. Il est en effet possible qu’un enseignant puisse saisir directement les notes de son cours sur la plateforme ; qu’un étudiant puisse directement consulter ses notes, ses différents versements ; qu’un chef de département puisse éditer les relevés de notes pour ses étudiants ; et que le service de scolarité édite les badges dès l’inscription d’un étudiant, Il est également possible d’éditer les diplômes sortants, ayant validés tous les crédits. Mais aucun de ces volets n’est utilisé pour l’instant.

Le service de scolarité préfère utiliser son ancien système de gestion, même si les inscriptions/réinscriptions se font en ligne. Nous aurions souhaité améliorer la plateforme en intégrant un volet « paiement en ligne » quand l’infrastructure de communication des banques le permettra.

Il faut inviter les autorités universitaires à en faire un outil de travail car l’’intranet aide le personnel à trouver et à visualiser rapidement des informations dans des documents électroniques et des applications pertinentes, chacun dans son domaine de compétences via une interface de Navigateur web facile à utiliser.

L’intranet est un puissant moyen de communication à l’intérieur d’une organisation, verticalement et horizontalement

 

Quelles sont vos perspectives ?

A terme, le Centre Informatique envisage, entre autres, de changer « Centre Informatique » en « Institut d’informatique» (nom et sigle à choisir après) ; d’introduire de nouveaux parcours de formation ; de réviser les programmes LMD pour une meilleure adéquation «  formation – emploi » ; de renforcer les capacités institutionnelles de la nouvelle structure ; de développer un Système d’Information (SI) de l’Université qui doit couvrir l’ensemble des besoins d’information et de connaissance des différentes communautés de l’Université et permettre leur partage en garantissant une réelle transversalité des données, applications et procédures (évitant ainsi les doublons, les incompatibilités).

A ceux-là s’ajoutent le fait de créer et/ou renforcer le partenariat Université-Entreprises ; de créer et/ou renforcer le partenariat avec les Universités étrangères ; de réactiver le programme de master ; de former les enseignants à la production de contenu de cours en ligne ; de créer/intégrer les Campus virtuels africains ; d’améliorer le développement des technologies de l’information et de la communication dans le système éducatif, et de créer un pôle de recherche d’envergure nationale et internationale.100_7738

Votre mot de la fin

Je vous remercie de m’avoir offert l’opportunité de m’exprimer en quelques mots sur la situation du Centre Informatique qui doit être le moteur de l’évolution technologique dans le système éducatif guinéen.

Si je dois lancer un appel, je demanderai qu’à tous les niveaux des curriculums on essaye de prendre en compte l’intégration des TIC ; pourquoi ? (i) Parce que ça peut aider non seulement les enseignants mais surtout les élèves/étudiants car aujourd’hui dans tous les domaines d’activités, les TIC sont présentes. Il ne faudrait pas qu’en Guinée on soit en marge de ce mouvement mondial. (ii) Parce que dans n’importe quel travail on ne peut plus se passer des TIC. L’entrée idéale dans un pays, c’est l’éducation. Pour cela les ministères de l’éducation doivent tout faire pour rendre obligatoire l’intégration des TIC dans les programmes de formations des élèves/étudiants et des enseignants.

Je pense que c’est possible, certes, il n y a pas d’électricité partout. On ne peut pas amener Internet partout, on ne peut pas demander à tout le monde d’avoir des salles de classe. Mais il faut qu’il y ait moins des améliorations, au niveau des écoles de formation d’enseignants et au niveau d’enseignements secondaires techniques et professionnels, on doit rendre les TIC obligatoires.

Il faut qu’en Afrique et surtout en Guinée, nous revenions à la pensée que des choses positives se font tous les jours en dehors des grands projets ronflants. Nous devons encourager les petites initiatives, les documenter et ensuite les diffuser via de supports multiples.